Dis, France ! Te souviens-tu du jour où l'on s'est rencontrées ? Moi je m'en
rappellerai toujours, c'était en plein été et le vent soufflait son air lourd sur nos visages fatigués. Toi tu lui parlais, à lui que je ne peux oublier, et j'étais passée à vos côtés, profitant de quelques secondes volées pour mieux le regarder. Il m'avait sourit, j'avais rougis. Toi tu avais rigolé, lui tapotant les côtes avec tes coudes tuméfiés. Ce jour là j'avais pensé que jamais je ne vous parlerais de ma vie, que jamais tu n'aurais autant compté à mes yeux. Seulement, voilà, le destin en avait décidé autrement mais ça je ne le savais pas encore.
Il y a de cela trois ans déjà, tout était vide en moi. Mes amours étaient des
désastres, ma famille ne se souciait plus de mon existence. J'étais donc partie loin de ce monde sans merci, laissant tout derrière moi. Sans m'en soucier, j'avais tourné une page, noircie par les salissures de ma vie, pour me réveiller lavée de tous ces troubles inutiles. Le 3 juin de l'année 2004, j'avais alors 20 ans, mais pour la première fois depuis longtemps j'avais pu respirer sans avoir peur que l'on ne m'en empêche.
J'avais posé mon pied gauche sur le quai de la gare à 7 heures précise, ça
avait été mon entrée dans ce conte de fée, taché de sang souillé, mais néanmoins merveilleux car tu serais là à mes côtés. Mes premiers mots dans ce monde nouveau avaient été « eh merde ! » lorsque je m'étais aperçue que l'on m'avait volé mon portefeuille contenant les dernières preuves de mon existence sur cette planète. Néanmoins, pour moi il n'avait s'agit que d'une banalité, que j'avais vite oublié pour mieux avancer. Je m'étais inventée une nouvelle vie, je m'étais donnée le loisir de renaitre sous un nom que je pouvais aimer, avec une vie que j'allais sans doute apprécier.
C'était devant cette gare, celle de Saint-Lazare, que j'avais pris mon identité,
quand deux jeunes hommes, plutôt bien habillés, m'avaient abordé avec pleins d'arrières pensés. Un petit « bonjour mademoiselle » suivie d'un « à qui avons-nous l'honneur de parler ? » m'avait fait répondre par un « moi c'est Magalie » sans plus épiloguer. Je m'étais donc sorti une cigarette, les laissant me l'allumer, puis j'étais partie sans ajouter un mot. Ils étaient alors restés penauds, toujours le briquet à la main, puis avaient rajoutés « salope ! » sous un ton plutôt énervé. Moi j'étais aux anges car personne ici ne pouvait me blesser, j'étais une nouvelle femme n'ayant jamais connu la dure réalité.
J'avais finalement foulé les trottoirs de cette ville inconnue, je m'étais posé
dans un bar, il aurait fallu voir tout ce que j'avais bu. J'avais parlé, avec un habitué, du quartier et des coins sympas à visiter, puis je lui avais demandé où il pouvait y avoir une agence immobilière. Il me l'avait donc indiqué par des mots plutôt mâchés, mais je l'avais quand même trouvée sans trop de difficultés. J'y étais entré, sans frapper, normal. Je m'étais avancée vers les annonces exposées. J'avais cru m'évanouir en voyant le montant des loyers ; selon mon goût un des zéro s'était faufilé au milieu du montant qui m'avait fait ronchonner. J'avais donc pris les devants et étais allée voir directement l'agent. « C'est pour un appartement » lui avais-je dit « pas trop cher, pas trop grand, qu'on puisse y vivre, c'est tout ce que je demande ». Il avait donc sourcillé, peut être même vacillé, puis m'avait envoyé un « vous êtes à Paris » sans me ménager. Je l'avais donc intimidé d'un regard langoureux, le faisant s'abaisser pour me trouver ce que je voulais. Un petit deux pièces dans le 19éme, rue Saint-Charles de la Vanité. C'est alors que, voyant ma joie grimper, il m'avait fait redescendre en ajoutant ceci :
« - Le loyer n'est pas cher, le coin sympa, seulement je l'ai promis à quelqu'un
d'autre, il va falloir payer. »
Il m'avait fait un regard ténébreux avec un sourire pervertie, sachant que je n'avais
pas un sous en poche il l'avait vite compris. Je m'étais donc avancé, l'avais affublé d'un baisé, puis, tout en le tenant par sa chemise, avais ajouté :
« - Tu me fais signer le bail, je t'offre une nuit... Mais pas avant et surtout rien
de plus. »
Il me l'avait donc promis. J'avais donc donné mon numéro de portable, ce
vieux compagnon qui ne m'avait jamais quitté, lui avais caressé la joue puis je m'en étais allé trouver un emploi pour payer mon loyer. J'avais donc traversé la ville à la recherche de quelqu'un qui pourrait accepter une fille sans expérience, avec seulement un bon débit de parole et un physique avantageux. J'avais fait les banques, les agences en tous genres, les hôtels... et rien. J'étais donc allé dans les bars et les boîtes de nuits. Les jours passaient et les refus défilaient, le désespoir germait.
La première nuit je l'avais passé dehors en compagnie d'un SDF qui vivait
sous un pont. Son nom c'était Isidore, plutôt peu commun mais quel gars en or. Toute la nuit durant j'avais parlé avec lui, de son passé solitaire et de ses nuits bien tristes. Il m'avait raconté sa jeunesse passée avec celle qu'il aimait, il m'avait conté sa romance qui avait fini en drame. Une histoire comme Roméo et Juliette mais où le pauvre Roméo fut sauver à temps, le vouant à ce présent plutôt déprimant. Je ne lui avais pas parlé de moi une seule seconde, j'avais évité les questions sans qu'il ne s'en rende compte. Je m'étais couchée à ses côtés, cet homme ne souhaitait rien de moi et j'en avais été soulagé.
Le lendemain j'avais été réveillé par un homme policier. Il ne m'avait pas brusqué, m'avait juste légèrement secoué. Quand mes yeux s'étaient ouverts c'est d'un sourire qu'il m'avait ébloui puis il avait ajouté quelques mots d'une voix rassurante :
« - Bonjour mademoiselle. Je suis désolé de vous réveiller comme ça mais il est
interdit de dormir dans un espace public comme celui-ci. »
Il s'était arrêté, m'avait longtemps fixé puis avait ajouté :
« - Si je peux me permettre, comment une fille aussi belle que vous peut dormir
dans la rue ? »
« - Ce n'est pas par choix, soyez rassuré. C'est juste que j'ai plaqué toute ma vie
pour venir ici, je n'ai pas un sous en poche et personne ne veux de moi comme salariée. Alors hier soir je me suis fait un pote, Isidore, compagnon de carton, j'ai préféré ne pas rester seule ... »
Le policier avait eu un visage étonné. Je m'étais donc retournée et j'avais constaté que mon ami d'infortune m'avait laissé choir ici. Mon visage s'était tissé en un masque d'apparat, faisant croire que tout allait bien, mais finalement c'était le cas. Je m'étais donc levée, avais pris mes affaires qui étaient toutes éparpillées, puis j'avais sourie au policier pour finalement continuer mon chemin. C'est alors qu'il m'avait arrêté m'attrapant par l'épaule pour me stopper.
« - Je ne peux pas vous laisser voguer de pont en pont sans rien dire. Il est
inadmissible qu'à votre âge votre vie soit si grise. »
Cet homme était âgé, ses collègues, qui l'attendait, avoisinait son âge. Je lui ai donc répondu aussi vite que j'ai pu :
« - Ne vous faite pas de soucis pour ça. Je ne compte pas rester dans la rue
pour l'éternité. Je trouve un emploi et l'appartement est déjà préparé. »
Il avait semblé rassuré. Je m'étais donc retirée ne laissant aucune trace de
mon passage, et j'avais continué des jours durant à chercher un travail. C'était dans un pub que je l'avais finalement trouvé, le poste où j'étais qualifiée. C'était une audition pour être chanteuse lors des soirées, j'avais donc tenté ma chance car c'était bien payé. Ce soir là j'avais tout cartonné, les musiciens ne voulaient que moi alors j'avais accepté. J'avais commencé tout de suite, apprenants les chansons dans un local à poubelles, testant ma voix dans les toilettes grâce à l'écho qu'elles produisaient.
Le lendemain mon portable avait sonné, c'était l'agent qui m'avait rappelé.
On s'était donné rendez-vous à son agence à 11 heures. J'étais arrivée 5 minutes à l'avance, j'avais poussé la porte d'entrée et m'étais avancée jusqu'à son bureau. Là il m'attendait avec un air serein. Je m'étais donc rapproché de lui, m'étais assise sur ses genoux, mon but était de l'allumer jusqu'au bout. Il en avait profité, c'était un bel homme mais qu'est-ce que ça pouvait me dégouter. Je l'avais arrêté, lui soufflant sa promesse à l'oreille, et je m'étais relevée, replaçant ma jupe au passage. Il m'avait donc emmené avec son cabriolet jusqu'à une résidence plutôt calme et belle. On c'étaient arrêtés devant un immeuble de dix étages, avec des balcons où des jardinières de fleurs étaient suspendues. Au rez-de-chaussée se trouvait un jardin, accessible par une baie vitrée située au fond du couloir. Nous nous étions dirigés vers l'ascenseur, et j'avais pu remarquée que le lieu était propre, parfaitement nettoyé. Nous avions pénétré dans cette prison de métal et Pascal, l'agent, avait appuyé sur le chiffre 5, l'étage de ma nouvelle vie. L'engin c'était alors refermé, une secousse nous avait fait monter et quelques secondes plus tard nous en étions libérés. Les murs du couloir étaient blancs, les portes des appartements étaient toutes en bois. En face du mien ce trouvait un paillasson avec écrit dessus « Welcome » en marron. Nous n'avions pas sonné, Pascal avait les clefs, et nous étions donc rentrés pour me faire visiter.
Dès que la porte fut ouverte mes yeux avaient furent conquis : ce lieu était
sublime malgré sa banalité. La pièce principale était assez grande et les fenêtres plutôt impressionnantes. Derrière l'une d'entre elle se trouvait le balcon, sinon la pièce en elle-même était blanche et affreusement vide. Il y avait la cuisine incluse dans ce grand espace et un peu plus reculé, dans une pièce à part, se trouvaient la salle de bain et aussi les WC. La chambre était au fond d'un couloir, juste à côté de la salle de bain et aussi d'un placard. Cette pièce était lumineuse et tout aussi vide que les autres, cela va de soit. J'avais donc regardé Pascal et lui avais demandé ce qui ne collait pas. Selon moi cet appartement était trop parfait, trop peu cher, comme une utopie. Pascal m'avait assuré que rien ne m'était caché. J'avais donc sourie et je lui avais dis que je le prenais car j'avais un emploi. Il avait paru aux anges mais pour une autre raison que ça, me donnant finalement le bourdon mais selon moi, une promesse était une promesse, même si sa peut décevoir. Il m'avait donc enlacé, mais je l'avais repoussé ajoutant comme prétexte le lieu inapproprié. Il m'avait finalement pris par la main, comme si c'était celle d'un père pour sa fille, comme ci je me retrouvais à mes 10 ans, avec mon géniteur, traversant les boulevards sans regarder, moi qui tombait, lui qui boitait. Il avait donc refermé la porte derrière lui puis m'avait questionné d'un « l'hôtel ça te dit ? », et je n'avais pu qu'acquiescer d'un signe de tête, le laissant m'emmener dans cette débauche que je lui avais juré. Cette fois là j'avais fait tout ce qu'il voulait et quand j'étais partie mes yeux s'étaient mis à couler, et sans que je ne m'en rende compte mes joues avaient été inondées.
Je n'avais pas encore eu les clefs de ma nouvelle vie, mais j'étais déterminée
alors j'étais partie boire un café en attendant que tous les papiers soient bouclés. J'y avais passé toute l'après-midi, puis la sonnerie de mon portable avait retentie. C'était Pascal, il avait été rapide, il m'annonçait l'heureuse nouvelle et m'invitait à le rejoindre à son agence. Je m'étais donc levé de la chaise du café, avait remis ma veste, le vent était plutôt frais. Les trois pâtés de maisons avaient été traversés en 5 minutes, mais c'était normal vu que j'avais couru. A quelques mètres du rendez-vous j'avais ralenti, me permettant une pause pour reprendre mes esprits. Mon souffle eu le temps de se calmer, j'avais donc poussé la porte d'entrée avec fermeté. Il était encore derrière son bureau, je l'avais rejoint, les papiers étaient posés dans une chemise. Il m'avait proposé ses genoux, que j'avais refusé pour aller m'asseoir sur une chaise posée face à lui.
Il n'avait pas plus trainé en me tendant les papiers, résigné, que j'avais tout
de suite signé. Je les lui avais rendu, sans plus, puis il s'était levé, jusqu'a mes côtés, il m'avait tendu les clés puis s'était avancé plus prés de mon visage, tout ça pour m'embrasser. J'avais alors tourné la tête et ses lèvres avaient rencontrées ma joue. J'étais si fière de moi, quel vent j'avais pu lui faire. J'avais donc pris les clés, fermement accrochées au creux de sa main, puis avait ajouté sous un ton plutôt serein « Tu ne te souviens plus du marché que l'on avaient convenu ? Pas plus était mentionné il me semble, tu ne t'en souviens plus ? », je m'étais finalement levée telle une Xena face à son adversaire, victorieuse et fière de ce qu'elle venait de faire. Les clés, mon trophée, bien caché tout au fond de mon sac, j'avais donc franchi la porte d'entrée la tête haute avec un sourire plutôt sadique. Dans la rue rien n'allait plus, je ne savais pas pourquoi mais ma joie ne cessait d'augmenter, mon sourire de grimper, parce que mon toit je l'avais trouvé.
Désormais ma direction était celle de la rue St Charles de la Vanité, le XIX°
tout fleurie n'attendant que mes pas pour le fouler. La marche fut plutôt longue, sans cabriolet c'est assez évident, mais j'étais quand même parvenue à atteindre ce sublime palier, qui allait désormais être le mien. Je me rappellerais à tout jamais de l'effet que ça m'a fait, quand j'ai sortie ces clés, celles de mon destin, que je les aient introduites dans la serrure, quand je les ais tournées et que le clic à retentie, à ce moment j'avais pu réalisé que ma vie allait changer en quelque chose qui allait surement mieux me convenir. Le pas de la porte franchie, le vide ne m'avait pas plus dérangé car la vue qu'avait mes yeux sur le paysage que donnait la fenêtre du salon, ne possédait pas sont égal à travers mes souvenirs passés. Les jardins qui m'étais donné de contempler sublimaient la pièce vide de par leur beauté. J'avais alors posé mes bagages, c'est-à-dire mon bon vieux sac à main, je n'avais rien pris d'autre, malgré que j'aurais dû, car je n'avais pas non plus de vêtements de rechange m'ayant laissé dans l'embarras de me sentir plutôt sale. Cela faisait déjà une semaine que la mission « Paris me voilà » avait débuté, et selon la moyenne j'avais été rapide à tout trouver. Je m'étais donc adonné à penser à pleins d'idées de décoration pour mon sublime logis. La chambre serait asiatique avec un grand lit et des lumières partout. La cuisine resterait telle qu'elle était, après tout je n'étais pas propriétaire. Le salon serait meublé d'un grand meuble télé, et d'une belle table basse avec pleins de coussins autour et aussi d'un canapé. La salle à manger ne posséderait qu'une table et des chaises avec une grande armoire pour ranger la vaisselle. La salle de bain, comme la cuisine, ne changerait pas, peut-être un meuble ou deux pour pouvoir tout y mettre. J'étais partie à rêver, sans un seul sous en poche, mais tout est permis quand l'on ne fait que penser. J'avais alors prix une douche, sans savon, sans serviette, je n'avais rien acheté, puis je m'étais laissé sécher dans mon canapé encore en vitrine dans un beau magasin. J'avais emporté mon maquillage, guide inconditionnel de la femme, m'étais faite une beauté, rapidement repoudrée, puis le soir même j'étais partie rejoindre mon nouvel emploi, si je puis dire ainsi.
J'avais donc pris le métro, la fraude était mon dada, puis trente minutes plus
tard j'y étais arrivé. La scène était montée, mes trois collègues m'attendaient ; on avait donc répété pendant une heure peut-être. Ils étaient tout trois charmants, tous jeunes et beaux. Le plus vieux devait avoir 30 ans, il jouait du piano et s'appelait Mathieu. Le groupe surfait sur tous les styles, mais préférait de loin un son pop avec des textes d'amours. Le plus jeune lui écrivait, il avait 23 ans, il jouait de la batterie comme un dieu vivant. Tout le monde l'appelait « Don Juan », rapport au personnage, en vrai il s'appelait Cyril, Cyril le tombeur de ces dames. Le dernier quand à lui était à la basse, fallait le voir jouer, on aurait dis un autre homme. Il avait 26 ans, grand blond aux yeux d'un noir profond, il passait son temps à taquiner tout le monde, il s'appelait Dimitri. En y repensant à présent, c'est vrai qu'à cette époque je ne leur parlais pas souvent, je ne savais pas encore qu'ils allaient tant compter. Ce soir là on avait donné nos tripes sur scènes, la foule nous l'avait rendu, démente et impressionnante, et moi devant tout ça j'avais chanté accompagnée de ma petite guitare ainsi que de mon blond, mon brun et mon multicolore.
Après ce concert intense nous nous étions retirés dans nos coulisses à nous,
les bancs du quartier. J'avais donc fais la bise à ces trois là pour leur dire au revoir, mais Mathieu m'avait stoppé avant que je ne parte et il avait mis dans ma main un papier. Je l'avais donc regardé, ne sachant ce que ça pouvait être, puis j'avais vu qu'il s'agissait d'un chèque. J'avais été gêné d'avoir dû ajouté « j'ai pas de compte de banque les gars, désolé ». Je me souviens les avoir fixés et aussi avoir rajouté « pourquoi ? » face au papier. Ils m'avaient expliqué qu'ils avaient vite compris que tous les jours je galérais pour pouvoir manger « ce n'est pas par pitié, ni par compassion, t'a juste fait ton boulot, c'est normal que tu sois payée ! Puis il y a aussi ton loyer ! ». J'avais alors souris, Cyril c'était donc avancé, m'avait pris le chèque pour me donner une enveloppe. Ils avaient tout prévu cela me sidérait, j'étais si prévisible que ça ? Même maintenant je ne le sais toujours pas. Cinquante euros en poche m'avais fait reprendre espoir pour mon dîné du soir. Je les avais donc tous les trois remerciés puis m'en étais allé pendant qu'au loin Dimitri m'avais crié « et alors, pour quand cette crémaillère ? ».
Sur le chemin du retour je m'étais arrêtée dans une petite supérette acheter
de quoi manger. Un plat tout préparé, et froid de préférence, était tout à fait parfait donc je l'avais emporté. Après cela j'étais rentré chez moi, épuisé, cela va de soit. Je m'était affalé sur ma chaise Ikéa, toujours en vente dans le magasin où je n'étais encore jamais allé. J'avais tout mangé car j'étais affamée, puis j'étais partie me coucher dans mon lit imaginaire et je m'étais bordée de mon drap de pensées.
Le lendemain matin c'était la sonnette qui m'avait réveillée. Je m'étais donc
levée la tête enfarinée, et m'était déplacée jusqu'à la porte d'entrée. J'avais fini par ouvrir, avec toute la lenteur du matin, et je m'étais retrouvée nez à nez avec deux colosses de deux mètres de haut, tous deux en salopette, mais surtout épuisés. « Mademoiselle DUPON ? » avaient-ils demandé, j'avais alors hésité sur mon nom de substitution puis avais acquiescé d'un signe de la tête.
« - On a des meubles pour vous, on va tous les monter, si vous pouviez laisser
la porte ouverte. »
Je leur avais dit qu'ils devaient se tromper mais ils avaient confirmés en toute
simplicité que le nom et l'adresse indiqués étaient sur ce palier, juste sous leur nez. « Mais de qui ça vient tout ça ? » avais-je donc rétorqué « Monsieur Pascal MARTIN est celui qui nous a engagé ». Sans une seule pensée mes mots avaient été révélateurs, le mot « enfoiré » m'avait échappé sans sourciller.
J'avais cherché une solution et m'étais résignée à l'appeler. Le numéro composé,
les sonneries prolongées, finalement il avait décroché. « Halo » avait-il dit puis j'avais tout de suite enchaîné :
« - Pour qui me prends-tu ? Pour une pute de luxe peut-être ? Tout ça parce
que tu m'a finalement trouvé l'appart' et que je t'ai payé d'une manière peu commune ? Tu souhaites m'entretenir comme ta petite chose à toi et rien qu'à toi ? T'est vraiment qu'un sale con, tes meubles tu te les fous au cul et je ne veux plus jamais entendre parler de toi. Cette fois c'est plus clair comme ça ? »
Il avait alors rigolé, je m'étais donc encore plus énervé :
« - Et en plus je te fais rire, mais tu n'a vraiment rien dans la tête ou quoi !
Espèce d'enfoiré, des tarés comme toi j'en ai déjà croisé, tu crois peut-être que j'allais être toute mielleuse et que j'allais te remercier ? Mais tu te fous le doigt dans l'½il et bien profond... »
Il m'avait subitement coupé la parole pour me dire que je m'étais trompé :
« - Arrête ! Je ne cherche pas à ce que tu m'appartiennes ! Je te l'avoue,
tu m'intéresse beaucoup, et en faite les meubles c'était pour te remercier du paiement que j'ai beaucoup apprécié. J'ai trouvé ça dommage de ne plus jamais te revoir, mais enfin si tu ne veux vraiment pas de moi, soit ! Les meubles je te les offre, je ne demande rien en retour ! Bon, il faut que je te laisse, j'ai un rendez-vous. Si un jour tu as besoin de quelque chose, quoi que ce soit, tu sais où me trouver, en plus j'ai le bras long... Bye ! »
Puis il avait raccroché. J'avais été d'une furie profonde, les deux gars devant moi
me regardaient en souriant. Je les avais menacé d'un « Quoi ? » pas très chaleureux et ils m'avaient demandé ce qu'ils devaient faire des meubles « Bah montez les, vous êtes payé pour ça j'me trompe ? » l'un d'eux s'était pouffé de rire me faisant encore plus ronchonner. J'étais donc partie contempler mon paysage merveilleux, pendant que ces deux là s'affairaient à leur travail. Le ciel était tout bleu, le temps semblait plutôt sec et la nature était si chaleureuse. Je n'étais pas si en colère que ça, j'avais besoin de tout ces meubles mais, il faut l'avouer, j'avais été plutôt déçue de ne pas avoir pu les choisir moi même. Cet homme je ne comptais plus le revoir, c'était certain, mais il m'avait bien aidé, il ne faut pas le nier. Ils avaient mis une demi-heure à tout monter.
Le dernier meuble arrivé, je m'étais avancé pour tous les regarder. Il y avait tout,
jusqu'à l'électroménager, j'avais alors souris, regardant les deux ouvriers puis je leurs avaient demandé s'ils voulaient un café. « Volontier » m'avaient-ils répondu, j'avais donc tout préparé, leur servant dans des verres en plastique, puis nous nous étions assis sur mes nouvelles chaises. Je m'étais excusé de les avoir ainsi agressé, ils m'avaient dit que ce n'était rien et que je les avais bien fait rire « on a été étonné de voir une si belle jeune femme parler ainsi, et en plus d'une façon peu discrète ». Je leur avais souris, ils avaient bu leur café puis s'en étaient allé. J'avais alors monté tous les meubles, du moins quelques un car la majorité étais déjà tout préparé.
Pascal devait être riche vu tout ce qu'il avait acheté, mais ça ne m'étonnait pas
venant du personnage. Les meubles étaient typiques et sobres, cela me convenait, j'avais mon lit, mon canapé et mon beau meuble télé, c'était parfait. Il n'avait rien oublié, j'en étais sidérée. J'étais vraiment contente puis je m'étais rappelé ce que m'avais dit Mathieu pour que je fasse une crémaillère. Des cinquante euros de la veille il m'en restait quarante, je devais m'acheté mon paquet de cigarette et puis la nourriture pour tout le mois. Ca allait s'annoncer difficile mais j'allais tenir le coup et vive les pates après tout. Je m'étais aperçu, tout d'un coup, que le boulot que je faisais était plutôt étrange. Je n'avais jamais vu une chanteuse être payée tous les mois d'une même somme d'argent. Je m'étais donc dis que j'allais les surveiller, ces trois musiciens, de mon ½il attentif puis je n'y avais plus pensé. Le soir je les avais rejoint, décidément on était encore en concert à l'extérieur, pourtant j'avais été engagé pour des représentations dans un pub. Je m'en fichais après tout, l'ambiance était bien meilleure sans ces murs autour de nous. C'était une période où l'on étaient très souvent sur scène, je l'adorais.
Après la représentation de ce 25 juin, ils m'avaient invité dans un restaurant
plutôt branché. « Le gourmet » était son nom, et sur le menu ne figurait aucun prix. Je leurs avais donc demandé si l'endroit n'était pas trop cher pour savoir ce que j'allais commander. « T'inquiète pas, mange ce qui te fait envie, c'est moi qui régale » avait dit Mathieu. Il était le leader de notre groupe et gérait parfaitement tout ce qui c passait en son sein. Un homme posé et réfléchi, voilà comment je pourrais décrire le personnage. Sa seule extravagance était la couleur de ses cheveux, du rouge, du vert, du bleu, pas une seule trace de celle qui lui avait été donné à la naissance. Un piercing à l'oreille, rien de très vulgaire, un style assez décalé de l'effet « punk » de sa coiffure c'est à dire un smoking mais pas de chemise, juste un T-shirt, et aussi des baskets. Quand il se mettait à parler j'étais tout de suite rassurée, sa voix était entraînante mais surtout apaisante et son ton très réfléchit faisait que je buvais ses mots et croyait tout ce qu'il pouvait dire. Il n'y avait aucune raison de ce méfier de lui, il n'était vraiment pas méchant, il pensait beaucoup aux autres personnes qui se trouvaient autour de lui. J'ai donc commandé un bon steak bien grillé, qu'elle goût, je m'en souviens encore, c'était la première fois que je pouvais goûter ça. Les garçons avaient rigolé en voyant mon visage rayonner dès la première bouchée. J'étais vraiment aux anges ce jour là, rien ne pouvait entraver ce bonheur procuré, plutôt futilement, mais l'on ne m'en voudra pas pour autant.
Cette soirée avait été tout en simplicité, aucunes mauvaises pensées, rien
de mal à en retirer. Après le restaurant ils m'avaient emmené avec eux jusque chez Mathieu. On avait finit en beauté, moi complètement alcoolisée. Je n'étais pas rentré chez moi après, il était beaucoup trop tard. Il m'avait refilé son lit me disant qu'il allait dormir sur le canapé « t'es pas un pervers finit ? » lui avais-je demandé. Il avait alors rigolé, comprenant que je lui disais qu'on pouvait dormir dans le même lit sans qu'il ne ce passe quoi que ce soit. « fais gaffe, la nuit si je me retrouve sur toi faudra pas penser à mal, c'est juste les vieilles habitudes » cette petite répartie m'avait bien fait rire mais ça n'avait pas loupé.
Le lendemain je m'étais retrouvé avec un Mathieu qui m'écrasait, je l'avais
réveillé parce que je n'arrivais pas à m'en dégager. On aurait dit un prince quand il avait ouvert les yeux, il m'avait fixé avec un regard plutôt craquant. Il ne semblait pas du tout gêné, ça paraissait évident, il m'avait même dit « t'étais prévenue » puis il avait de lui-même roulé sur le côté pour se rendormir. J'étais restée une demi heure à le regarder, je n'étais pas amoureuse c'était juste son visage qui m'attendrissait. C'était un visage d'ange qu'il avait, avec toujours son côté rassurant. J'avais quand même décidé de partir, posant un mot sur l'oreiller où j'avais dormie, un simple merci, même pas signé. Je lui avais laissé un baisé sur la joue, un baisé de tendresse, rien d'autre, puis j'avais embarqué mon sac à main pour rentrer chez moi.
L'après-midi je l'avais passé à me balader dans mon quartier, j'avais rencontré
mes voisins, dire qu'on était déjà fin juin. Vers 16 heures Mathieu m'avait appelé. Il m'avait demandé pourquoi j'étais partie si vite parce qu'il aurait bien voulu que je reste un peu chez lui. J'avais envoyé un petit « désolé » sans me justifier et de toute façon je n'avais aucune raison à lui donner, puis il avait ajouté des mots qui m'avais surprise « et si on avait été plus loin, sa t'aurait dérangé ? » me laissant muette. Voyant le silence qu'avait engendré la question, il m'avait ajouté « c'est vrai que beaucoup de filles ne font ça qu'avec les sentiments, c'est plutôt honorable ! », il me voyait donc comme une fille sensible et non comme une fille facile et ça m'avait rassuré.
La vie me plaisait ainsi, j'étais vraiment lavée de tout ce qui s'était passé.
Je retraçais mes jours ainsi que mes nuits sans personnes pour m'y obliger. J'avais beaucoup de temps libre étant donné que je n'étais qu'à mes débuts dans ce nouveau métier. Je passais souvent ces moments à flâner dans les rues, ne cherchant rien en particulier juste à me balader. Je m'émerveillais devant tous ces strass et paillettes, devant les boutiques de confiserie me rappelant l'enfance que je n'avais pas eu. Plus que trente euros en poche lors de ces virées, donc je n'étais entrée dans aucune des boutique et je me coltinais toujours mes vieilles sapes usées. Ca me donnait un style décalé, tout le monde dans la rue me fixait comme une bête curieuse à souhait. Selon mes souvenirs, je dirais que j'avais une jupe noire à volants avec un haut rose extrêmement décolleté, que je portais des bas effilés, eux aussi noir, et des bottes à talons qui montaient jusqu'aux genoux. Ma veste était en cuir noir, tout comme les bottes, et mon sac ne ressemblait qu'à un fourre-tout destiné à contenir le maximum de choses inutiles. Pas étonnant que les regards étaient posés sur moi, ceux des hommes se situaient généralement sur mes jambes à moitiés couvertes, en même temps c'était plutôt évident vu la longueur qu'avait ma jupe. Je m'en fichais, leur avis m'importait peu, je vivais presque comme je le voulais et ça c'était cent fois mieux. La fin du mois approchait, plus que trois jours et on y était, j'étais vraiment impatiente de recevoir ma paie pour enfin pouvoir changer mes vieux vêtements déchiquetés.
Le dernier soir du mois je m'étais accordée un petit plaisir, j'étais partie
dans un bon vieux bar des quartiers pas très chics. Je m'étais mise au comptoir, avec tous les piliers habitués, j'avais commandé une despe à la bouteille, il fallait bien entretenir mon côté classe. Au milieu de ma petite soirée, passée à rigoler avec les clients posés, quelqu'un avait mis sa main sur mon épaule, ce tenant derrière moi. Il avait approché sa bouche de mon oreille et m'avait murmuré ceci : « tu sors avec moi pour une part de quiche ? » puis avait explosé de rire. Je n'avais pas tout de suite reconnue la voix mais j'étais dans un état plutôt lamentable, me tordant de rire sur ma chaise jusqu'a perdre souffle. Je m'étais retournée, au bout d'un long moment sans pouvoir parler, puis j'avais constaté qu'il s'agissait de Dimitri. Je lui avais sauté dans les bras, d'ordinaire ce n'était pas mon genre de faire ça mais j'avais déjà beaucoup bu. A ce moment, le bar diffusait un slow, nous nous étions donc mis à danser. Pendant que nous tournions sur nous même il me parlait de tout et de rien, du temps qu'il faisait et de ce qu'il avait fait le matin. Le musique terminée, c'était du rock qui avait enchaîné, je l'avais regardé, l'air découragé, puis nous étions allé nous asseoir à une table avec des amis à lui.
A peine arrivée, ils m'avaient tous regardé de haut, j'avais donc adopté
mon visage je-m'en-foutiste afin de pouvoir les faire changer d'expression. Il n'y avait plus de chaise, j'avais donc emprunté les genoux de Dimitri et j'avais pu remarquer que l'une des filles présente m'avait regardé pleine de haine. Une admiratrice de mon petit Dimi, avais-je donc pensé, après tout il faisait des ravages lui aussi. J'avais passé toute la soirée à ne parler qu'aux gars présents, les filles ne semblaient pas m'apprécier, s'en était limite gênant. Vers trois heures du matin j'avais voulu m'en aller en voyant l'atmosphère qui devenait pesante. Dimitri m'avais donc coincé sur ses genoux, il ne voulait pas me laisser partir et je n'avais même pas la force de m'en aller « je te signale que pour rentrer chez moi il y a un seul et unique bus qui passe dans le coin, et j'ai pas envie de dormir dans la rue, j'ai suffisamment donné » lui avais-je dit. Il avait souri me disant qu'il habitait à côté mais voyant les visages de ses amis je savais que ça allait mal être interprété. Je m'étais donc légèrement énervée pour qu'il me lâche, ça l'avais fait bouder et moi rigoler. Je lui avais fait une petite tape sur l'épaule devant sa mine dépitée puis l'avais pris dans mes bras pour lui ajouter « tes amies me prennent pour une pute, je suis désolé ». Quand je l'avais lâché il avait l'air étonné, quel garçon naïf avais-je donc pensé. Il avait secoué sa tête d'une manière insisté comme pour ce dire à lui et à moi que ce n'était pas vrai « je sais de quoi j'ai l'air » lui avais-je envoyé « et je peux lire au fond des gens, crois-moi c'est la vérité ». Son visage semblait énervé quand je lui ai dis ça, puis il avait regardé ses amis pour leurs dirent que lui aussi partait. La fille au visage haineux l'avait donc regardé, l'air plutôt déçu puis s'était chargée de me fixer en me laissant comprendre qu'il ne fallait pas y toucher. Je lui avais sourie, histoire de la narguer, Dimitri l'avait remarqué et ça l'avait fait marrer.
Soudainement j'avais cru apercevoir au loin un visage que je n'aurais pas dû
voir. Rien que l'idée que cette personne se trouve à Paris m'avait terrifiée. Je me rappel avoir tremblé, et sans comprendre ce qui se passait avec moi, j'avais mis ma main devant ma bouche histoire d'étouffer un cri. J'avais attrapé, sans même y penser, la main de Dimitri, je l'avais serré, prise de panique. Mon souffle s'était alors accéléré, mon c½ur semblait vouloir éclater, mes yeux étaient ruisselants et mes jambes ne soutenaient plus mon poids. Je crois que Dimitri me parlait mais je n'entendais plus rien de ce qui m'entourait. Quelques secondes plus tard, ce même visage était réapparu et j'avais murmuré « sauve-moi » à Dimitri. Je ne sais pas s'il m'avait entendu mais il avait attrapé sa veste et m'avais emmené hors du bar.
Quand je m'étais retrouvé dans la rue j'avais regardé Dimitri lui demandant
si ça ne le dérangeait pas de courir quelques mètres. Je n'avais pas pu lâcher sa main depuis que je l'avais attrapée et nous courrions dans les petites ruelles sombres puis, lorsque le souffle avait fini par me manquer, nous nous étions arrêtés. Il y avait un banc à deux mètres de nous où nous nous étions donc assis pour reprendre nos esprits. « Et s'il m'a vu ? Comment vais-je faire ? Où pourrais-je bien aller ? » Mes pensés envahissaient tous mes sens, je tremblais de partout suite à cette vision glaçante. Dimitri m'avait donc pris dans ses bras puis il m'avait dit « je te ramène chez toi en voiture sauf si tu préfères venir à la maison, tu as l'air terrifié, donc si sa peut te rassurer de rester avec moi ». Je voulais accepter mais je ne savais plus comment penser ni même comment parler. Il avait donc pris la décision pour moi « tu dormiras dans la chambre d'amis, je m'en voudrais de te laisser toute seule vu l'état dans lequel tu es ». J'avais donc essayé de me lever mais je n'y étais pas arrivé du premier coup et finalement, tant bien que mal, je m'étais tenue debout. Nous marchions d'une lenteur qui pouvait paraître exaspérante mais quelques dizaines de minutes plus tard nous étions chez lui. Il avait ouvert la porte du petit appartement qu'il louait, avait posé nos affaires sur le canapé puis m'avait emmené dans la chambre. Mon visage ne possédait aucune expression. Je m'étais allongée, sur le côté, recroquevillé sur moi-même, les yeux fixant le vide omniprésent. Dimitri c'était accroupit au bord du lit, la tête posé sur ses mains, il me regardait et essuyait les quelques larmes qui venaient à couler sur mon visage figé. Il avait attendu que je m'endorme puis il avait du partir sans faire de bruit.
Le lendemain, je m'étais réveillée vers midi comme s'il ne s'était rien passé.
Il dormait encore et moi je voulais rester, je ne l'avais donc pas réveillé. J'étais donc partie explorer son frigo et, pas très étonnant venant d'un garçon, je m'étais trouvé nez à nez avec un contenue à moitié vidé, ou a moitié plein, ça dépend des points de vues. Je ne m'étais pas foulée pour préparer à manger. Salade de tomate en entrée (et oui, Dimitri avait des tomates dans son réfrigérateur) et un plat de pates à la bolognaise. « Une vrai petite fée du logis » avais-je donc pensé. Une fois que j'avais tout préparé, je m'étais mis dans l'idée de le réveiller, chose plus facile à dire qu'à faire. J'avais commencé juste par l'appeler, mais pas de réaction. J'avais donc relevé la barre un peu plus haut et avais tenté le tapotage d'épaule mais là rien non plus. J'avais donc utilisé les grands moyens en me reculant jusqu'à la porte d'entrée puis, en prenant tout l'élan possible, je lui avais sauté dessus. Il avait ronchonné puis, une fois totalement immergé, il avait attrapé un de ses coussins et nous avions commencé une bataille de polochons dans les règles de l'art. J'étais de bonne humeur et il n'avait pas remis le sujet sur le tapis, nous avions donc mangé tous les deux, en plus de ça il avait été surpris de voir que j'avais cuisiné « une fille comme toi ça cuisine ? » c'était-il étonné. J'avais compris qu'il me voyait comme une fille qui avait beaucoup de monde à ses pieds, j'avais donc été heureuse de pouvoir changer sa pensée.
J'avais passé tout l'après-midi avec lui, à flâner dans les rues de Paris, puis
vers 18 heures on été rentré chez lui. Il voulait me ramener chez moi donc nous passions reprendre mes affaires. A peine entrée dans l'appartement, disons cinq minutes plus tard, quelqu'un avait sonné, s'excitant sur la pauvre sonnette qui semblait vouloir lâcher. Dimitri avait rallé puis était allé ouvrir. C'était Mathieu et Cyril qui étaient venus l'embarquer à une soirée dans le Val d'Oise, pas non plus la porte à côté. Ils étaient entrés dans le salon, comme s'ils étaient chez eux, s'étaient posé dans le canapé puis ils m'avaient vu entrer dans la pièce. Ils avaient regardé Dimitri puis moi aussi, ils semblaient surpris et aussi devaient avoir mal compris « vous excitez pas les gars » leur avais-je dit « j'ai juste dormis chez lui, mais coucou quand même ». Cyril s'était levé pour m'embrasser, deux gros bisous sur la joue pour me dire bonjour. J'avais rigolé car ça me surprenais toujours de voir comme il aimait être proche des gens, comment il se comportait, « un vrai bisounours ». Ils m'avaient donc demandé si je voulais venir avec eux mais j'avais refusé et ils avaient insisté. Dimitri les avait regardé leurs faisant comprendre que ça ne servait à rien de continuer « je la ramène chez elle, j'en ai pour 1 heure à peu prés » puis on était partit.
Sur le chemin il s'était décidé à m'en reparler, il m'avait dit ceci :
« - Ecoute Mag, je sais que tu ne voudra rien me dire mais tu vas y être
obligée. T'as vu dans quel état t'étais hier soir ? Alors voilà, je te déposes chez toi mais je ne te laisserais pas sortir de cette voiture tant que tu ne m'aura pas dis un semblant d'explication et j'en ai rien à faire si après tu me fais la tête. »
J'avais viré au blanc et il l'avait bien vu mais il ne comptait pas me chouchouter parce qu'il s'inquiétait beaucoup. Une fois arrivé devant mon immeuble, il avait coupé le contact et m'avait longtemps fixé avant que je ne commence. J'avais alors raclé ma gorge, lui avait montré une cigarette pour savoir si je pouvais l'allumer, il avait acquiescé, puis j'avais commencé avec une voix fluette :
« - J'ai vu quelqu'un qu'il ne faut pas que je croise, surtout pas. »
Je commençais déjà à paniquer « tu es dans la voiture avec moi, sa sert à rien d'avoir peur, je suis là » avait-il dit pour me rassurer. J'avais alors continué :
« - Cette personne appartient à mon passé et si j'ai aussi peur c'est
qu'il est très dangereux. En ce moment je sais très bien qu'il est entrain de me chercher alors quand je l'ai vu j'ai paniqué, de peur qu'il ne me voie, qu'il ne sache que maintenant j'ai une vie normale et il pourrait très bien vous faire du mal. Je sais plus quoi faire ... »
Puis je m'étais mise à trembler. Il m'avait encore prise dans ses bras, à croire
que ça allait devenir une habitude, et je m'étais calmée au son de sa voix qui me disait que tout allait bien se passer, que ce n'était peut-être pas lui. Je ne voulais plus le lâcher, c'était devenu mon spray anti-panique, résultats garantis. « Ma belle » c'était comme ça qu'il m'avait appelé « demain soir concert dans une université, t'as intérêt d'être au taquet sinon fais gaffe à tes fesses » puis il m'avait chatouillé. J'étais partie en éclats de rires, il n'y avait que lui pour réussir à me rendre joyeuse après ce que j'avais bien pu lui dire. C'était le sourire aux lèvres que j'avais quitté Dimitri pour rejoindre la couette de mon immense lit.
J'avais passé la soirée à rêvasser sur les derniers évènements passés, j'étais
restée enveloppée dans ma couette face aux jardins que j'adorais regarder avec mon paquet de cigarette et une bonne tasse de café, que je vidais et remplissais au fur et à mesure que le temps passait. Vers minuit j'avais été prise d'une soudaine envie de composer, j'avais donc sorti un papier et un crayon pour pouvoir déverser toutes mes pensées. « Chimères hurlantes » en avait été le titre et j'avais laissé reposer toute ma vie sur ce simple bout de papier. Après c'était la guitare que j'avais sortie, m'amusant à donner un air à ces phrases tragiques. Ma première chanson avait été composée et je m'amusais à la chanter en boucle. J'aimais l'effet que me donnait la voix qui sortait de ma bouche, ce son qui entraînait avec lui tous ces démons qui m'avaient détruite, puis je m'étais endormie. Le lendemain Dimitri m'avait appelé vers quinze heures pour savoir comment j'allais. « Bien » lui avais-je dit et je lui avais ajouté que j'avais hâte d'être à ce soir pour pouvoir me défouler.
Le soir était arrivé bien assez tôt et j'avais bu plus qu'il n'en faut. Ce n'était pas
étonnant ils avaient tout fait pour me voir dans cette état me présentant les bouteilles et moi qui les buvait sans y prendre garde. Quelle bonne soirée, mon premier concert en état de non sobriété. Mine de rien j'avais cartonné, me laissant aller sans y penser et la foule avait adoré. J'avais chanté tout notre répertoire puis, étant donné mon manque de réfléchis vu ce que j'avais pu boire, j'avais annoncé, vers la fin du concert et sans même avoir consulté qui que ce soit, que j'allais interpréter une toute nouvelle chanson sans plus m'expliquer. J'avais rapidement regardé mes trois compères qui ne semblaient pas très rassurés puis j'avais empoigné ma guitare annonçant un solo juste en tête à tête avec moi-même. « Ecoutez les chimères hurlantes » avais-je crié au public présent en masse ce soir là, puis j'avais commencé. Dimitri avait tout de suite compris de quoi il s'agissait, il s'était caché le visage dans ses mains pour ne pas me faire face quand j'étais sortie de scène. Mathieu, lui, s'en doutait et il me regardait bouche bée tout en gardant sa dignité. Cyril n'avais pas trop compris donc il était venu vers moi, m'avait tapoté l'épaule en ajoutant « elle déchire ta chanson », quelques mots de trop. J'avais légèrement pleuré, me rendant compte que je venais de dévoiler ma vie mais je n'y avais pas plus pensé de peur d'en être troublée. Cyril avait été surpris de me voir ainsi, il ne pensait pas que je pouvais pleurer ouvertement devant eux, il avait alors tout de suite réagis « j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas dire ? Désolé, vraiment... » mais j'avais anticipé d'un large sourire « au contraire » lui avais-je donc dis. Je crois que c'est Dimitri qui avait été le plus atteint par les paroles de ma chanson car il n'avait plus décroché un mot avant de partir. Il ne m'avait pas regardé une seule fois et je dois bien l'avouer ça m'avait fait mal. Il venait d'entendre tout mon passé que je m'étais efforcée de cacher, il avait tout compris, je devais sans doute le dégoûter. J'avais le moral dans mes pompes, je m'en voulais de m'être déclarée sur cette vie que je souhaitais oublier.
Mathieu et Cyril m'avaient embarqué, une fois tout le matos remballé, dans
un petit café qui n'allait pas tarder à fermer. Ils connaissaient celui à qui il appartenait nous avions donc pu rester arroser le concert. Cyril, toujours aussi naïf, avait dit à Jean, le gars du café, que j'avais chanté une chanson qui méritait grandement d'être dans le top 50. J'étais devenu blanche quand il avait voulu me voir la chanter, je ne ferais pas la même erreur deux fois avais-je donc pensé. Mathieu m'avait sauvé en leurs disant que ce n'était pas le moment d'en rajouter, que le concert avait été donné, plus tard il m'avait raccompagné chez moi.
Il était déjà une heure du matin quand j'étais rentré et au beau milieu de la
nuit l'interphone avait sonné. Je m'étais levé, tant bien que mal avec ma gueule de bois, j'avais pris le combiné : c'était Dimitri. Rien qu'au son de sa voix je ne savais pas quoi penser, venait-il pour faire poli et me dire que le groupe et moi allions en rester là ou bien tout autre chose, je n'en avais aucune idée. Il n'avait dit qu'un petit « c'est moi » auquel j'avais répondu en le laissant entrer. Il serait là dans deux minutes et ça m'avait déprimé. J'avais laissé la porte ouverte et je l'attendais dans mon canapé, une tasse de café et une cigarette pour pouvoir me calmer. Il était entré sans faire de bruit, essoufflé, avait-il couru ? Puis il était resté figé au milieu de l'entrée entrain de me regarder sans parler. Je m'étais retournée au son de son souffle, et j'en suis presque sûre maintenant qu'à cet instant il avait pu lire en moi comme dans un livre ouvert. Il était venu s'asseoir à mes côtés, moi je l'avais fixé tout le long de sa marche vers le canapé. J'attendais et ça se voyais mais lui ne semblait pas tout à fait prêt à me parler. Il m'avait pris une cigarette, je lui avais allumé et au même moment j'en avais été certaine : il venait me virer. J'avais laissé échapper le briquet de mes mains, il avait roulé sur le sol au même rythme que le tourniquet qu'on entendait dehors. J'avais un briquet rond avec une légère bosse qui donnais ce son étrange que j'adorais entendre. J'avais croisé les jambes sur le canapé, posant au passage ma tasse à café et tapotant les cendres de ma cigarette consumée. Je l'avais regardé puis, emplis de courage, c'est moi qui avais parlé :
« - J'ai compris Dimitri, tu viens m'expliquer que ça ne va plus être possible pour moi de
continuer avec vous. J'ai vraiment pas réfléchie quand j'ai chanté cette chanson, je dois te dégoûter... »
Un faux sourire c'était placé sur mon visage puis je m'étais levée, pleine
d'entrain passant pour une fille forte alors que ce n'était pas le cas, et je lui avais demandé « Bon, tu veux quand même un café ? ». J'étais debout fasse à lui et depuis qu'il s'était assis il avait la tête baissée et ne disait pas un mot. J'attendais sa réponse et je m'apprêtais même à aller faire son café quand tout à coup il m'avait attrapé par la taille, me rapprochant de lui, et il m'avait serré tout en reposant sa tête sur mon ventre. J'avais été surprise, je ne m'y attendais pas du tout, puis j'avais posé ma main sur son visage, le lui levant pour qu'il puisse me regarder, et quand il avait vu mon visage étonné il s'était rapidement énervé « comment est-ce que tu peux croire que je suis venue te virer ? » sont les mots qu'il avait alors prononcé.
J'étais tombé comme une masse sur les coussins qui se trouvaient autour
de ma table basse. Comme un légume sans vie je le fixais, troublée, anéantie. « Quoi ? » avait été le seul mot que j'avais pu dire puis j'étais resté les yeux écarquillés face à lui. Il ce tenait sagement sur le canapé, fixant le sol sans rien ajouté, puis soudainement il avait commencé à parler « Je n'ai pas grand-chose à te dire à part que je suis désolé d'avoir si mal réagis tout à l'heure, après le concert. J'ai tout fais pour t'éviter mais je regrette. Je ne pensais pas que tu avais un passé pareil... je ne sais même pas comment j'aurais pu vivre s'il avait s'agit du mien... et je me sens inutile... désolé de n'avoir pas compris plus tôt... » je l'avais coupé, ayant repris mes esprits, « c'est du passé, n'en parlons plus » fut la réponse à ses excuses, une réponse un peu comme inspiré par la chanson. Mais alors qui pouvait bien être « l'amant de Saint-Jean » dont parlais le refrain ? Je n'en avais aucune idée... peut être étais-ce celui de ma composition, un amant forcé, méprisable, que les m½urs interdisaient, mais que je ne pouvais qu'aimer malgré les drames. Le reste de la soirée nous l'avions passé à oublier tout ce qui venait de ce déroulé. Nous avions chanté, bu, fumé et même dansé, mais surtout on avait bien rigolé.
On avait fait nuit blanche et il était partie au petit matin sans avoir
rien manger. Il avait profité de sa visite pour me donner le salaire qu'ils me devaient. Ma fortune en poche j'étais donc allée à la banque m'ouvrir un compte pour y déposer mon argent. La paperasse bouclée grâce aux faux papiers que je m'étais procurée, j'étais donc ressortie de cette grosse tirelire pour m'acheter des vêtements un peu plus saillants. Je voulais garder mon côté tape à l'½il tout en enlevant la vulgarité que me donnait mes vieux habits usés. Mes bottes étaient parfaites, j'avais donc acheté une petite jupe plissée, rayée rouge et noir, un haut où il y avait écrit dessus vive le rock en paillettes et un cache c½ur qui allait bien avec. Je n'avais pas oubliée de prendre les super lots de culottes à 3¤ les six et où dessus était dessiné des bonhommes sourire. Tout était donc parfait. J'avais fait un détour par une petite superette acheter mon nécessaire pour pouvoir enfin me laver convenablement. En rentrant chez moi je les avais déposés sur la table de la salle-à-manger puis j'avais pris ma douche bien méritée. Quel bonheur ça avait été de pouvoir sentir l'odeur des produits sur ma peau halée par le soleil, de sentir les îles sur mes longs cheveux bouclées, de me sentir bien, en harmonie avec tout ce qui pouvait y avoir autour de moi. J'étais libre dans mon corps, sans rien d'autre, juste moi et ma conscience. J'avais accordée un moment d'abandons à mes pensées, les laissant me submerger le temps de pouvoir rêver, puis Cyril était venu me chercher en voiture. C'était une période de grève, ce qui ne me facilitait pas la tâche pour tous mes déplacements importants comme ce fut le cas ce jour là. On avait une représentation dans une salle, certes plutôt lugubre et sombre mais peu m'importais du moment que je pouvais crier de toutes mes tripes ma liberté tant désirée.
Comme d'habitude on avait répété pendant une heure. Il faut dire qu'à
cette période je m'étais beaucoup rapprochée d'eux. On était tous les quatre de plus en plus soudés et moi ça me plaisait tellement. Je me confiais chaque jour un peu plus, restant tout de même à guichets fermées, réservée, tel le félin sauvage que je représentais aux yeux des gens. Ce fut encore un concert excellent, c'était l'impression que nous en avait laissé la foule qui avait semblée déchainée. Je n'avais pas refais ma chanson sur scène, malgré les quelques habitués de nos concerts qui me l'avaient demandés, ou hurlé, enfin quelque chose de motivé. Après notre représentation nous nous étions retirés, ce posant dans une cage d'escalier pour pouvoir discuter. Une pause bavardage bien remplie puis nous avions tout remballé, comme à notre habitude, et nous étions finalement sortis de cette salle sinistre. On avait franchis la porte de devant, celle que tout le monde prend, parce que ça n'étais pas notre genre de filé par celle qui était dérobée. Là nous attendait quelques fans et nous avions saisis l'occasion pour discuter un peu avec eux. Les gars c'étaient dirigés vers des groupies plutôt jeune et jolies alors que moi j'avais vadrouillée de fans en fans, sans aucune autre intention mis à part celle de vouloir leur parler. Je recevais des sourires tout plus radieux les uns que les autres, des sourires chaleureux et pour moi ça avais été une première. Et je continuais sans m'en lacer, j'absorbais tout ce bonheur qu'ils pouvaient me donner. Je le disais toujours, mais là je me le prouvais :« la musique rassemble, et c'est l'une des plus belle forme d'humanité », là tout le monde pouvait me croire. Je détenais la réponse de mon c½ur, au sûr pendant cet instant magique.
Et je bavardais, ne voyais plus le temps passer, puis soudain j'avais croisée
un homme sublime, « cet » homme, qui était accompagné de toi et vous discutiez. Autant de charme en un seul être n'aurais pas dû exister car les réactions que j'avais eu à son égard m'avais laissée sans voix, je ne les comprenais pas. J'étais troublée et enchantée en même temps, je voulais lui parler mais je n'osais pas, j'étais intimidée, frustrée. Je m'étais rapprochée, souviens-toi je te l'ai déjà dis, et c'est là que j'avais rougie comme une imbécile. Enfin bon, ce n'était pas comme ci j'étais tombée éperdument amoureuse de lui, j'étais juste charmée, envoutée mais je n'en restais pas moins perturbée. Tout en moi s'était chamboulé quand il avait osé me regarder ci intensément et aussi son sourire à tomber par terre. Je ne m'étais pas trop éternisée malgré ton petit bonjour vaguement prononcé, et la nuit ne tarda pas à tomber. J'avais donc récupéré mes musiciens qui draguaient tout ce qui portait une jupe et un décolleté et nous étions allés, accompagnés de quatre jeunes fans, jusque dans un petit restaurant pour finir la soirée en beauté. Ils n'avaient pas lésinés ces trois là avec leurs bimbos de la soirée. Cyril, toujours le même, était avec deux blondes pulpeuses, alors que Mathieu et Dimitri étaient accompagnés chacun d'une petit brune, toutes les deux jolies mais quelques peu réservées. On avait passé une bonne petite soirée, cette fois encore bien arrosée, et on avait aussi bien rigolés, puis la minuit était arrivé et j'avais eu un coup de barre assez soudain. J'étais donc rentrée, ne demandant pas à Cyril de me raccompagner, il avait l'air occupé.
J'avais passé plus d'une heure à marcher pour arriver chez moi. J'avais été exténuée par cette petite randonnée en ville. J'avais dormie facilement une bonne quinzaine d'heures et j'en avais bien besoin.
Le lendemain c'était la porte d'entrée qui avait sonnée, je m'étais levé,
il était 16h. J'avais ouvert la porte et la surprise avait été plutôt grande. Il se tenait, nonchalamment, contre l'un des rebords de ma porte et arborait un costume, sans doute taillé sur mesure, avec un attaché caisse qu'il avait posé sur son épaule. Quelques années en moins et on aurait facilement dit qu'il s'agissait d'un lycéen venant d'une école privée plutôt chic. Vraiment, il n'y avait rien à redire, cet homme était vraiment beau, rendant certaines de ces réactions plutôt énigmatiques. « Bonjour Mademoiselle Magalie » m'avait-il dit « je ne dois pas être un homme de parole... désolé », pas bien méchant ce Pascal finalement. Dans ce genre de situation le dénie de mes désirs était la meilleur solution à avoir. Et oui, parce que j'avais le bourdon ce jour là et que, comme tout le monde, je pouvais faire une connerie. J'avais donc tiré une mine faussement déçue, je m'étais forcé à m'énerver lui demandant sèchement, et sans aucun « bonjour », ce qu'il pouvait bien faire ici. « Ton p'tit cul m'a manqué » non mais franchement, quel manque de délicatesse. A ces mots, et j'aurais pu être en pleine période de déprime que ça n'aurait pas loupé, je m'étais tout de suite mise en boule, lui claquant la porte au nez. « Va voir une pute » avais-je crié tout en me dirigeant vers ma télé. A ma grande surprise il avait réussi à rentré, il avait tout simplement les clés. Qu'est-ce qu'il avait pu me faire ragée, s'il n'avait pas adopté une attitude moins désinvolte je crois que je l'aurais buté. C'est d'ailleurs ce qui m'avais surprise, sont calme et sa vulnérabilité qu'il avait eu à ce moment là. Il avait eu l'air abattu et moi je n'en restais pas moins une fille un peu trop bonne poire, il faut bien l'avouer. Je l'avais finalement invité à prendre un café « tu permets, je vais me changer, alors ne fait pas comme ci c'était chez toi !». J'avais enfilé rapidement quelques sapes qui traînaient dans ma chambre puis je l'avais rejoint. Il était assis sur une chaise qu'il avait posé face à la fenêtre et il contemplait mon paysage. Je l'avais regardé, traçant mon chemin jusqu'à la cuisine, où j'avais fait le café sans que l'on ne ce décroche un seul mot, puis j'avais placé une autre chaise à côté de la sienne.
Il avait le menton appuyé sur le dossier et j'avais donc posé les tasses entre
nos deux perchoirs. Les jambes en tailleur sur ma chaise, les bras croisés sur le dossier, la tête reposant sur mes mains, on était comme deux gamins qui pensaient un peu trop pour leur âge. Il avait finalement attrapé sa tasse, je lui avait tendu une cigarette, on avait fumé ensemble, en silence. J'étais tombée amoureuse de ce calme perçant, envoûtant. On avait fini nos cafés et nous n'avions toujours pas parlé, puis nous avions continués à fixé mes jardins merveilleux, mon unique paysage approprié, oui, c'était ça : approprié. Finalement il c'était décidé à parler « merci de ne rien dire, c'est ce que je voulais » puis nous avions continué à jouer au roi du silence. La nuit tomba, je m'étais déplacé sur le canapé où je m'étais finalement endormie. Je me souviens avoir rêvé de « lui ». Ce rêve m'avait fait revivre le moment où je l'avais vu avec toi, ma France. Ce doux sommeil passa et je m'étais réveillé vers 5 heures, à l'aube. Pascal était sur le fauteuil, il dormait à point fermé et j'avais attendue 7 heures du matin pour pouvoir le réveiller. « Tu bosses pas aujourd'hui ? » lui avais-je demandée « si, merci d'y avoir pensé » puis il était parti.